Habitat

La ville intelligente, un impératif en devenir

En 2010, l’Exposition universelle de Shanghai intitulée « Une meilleure ville pour une meilleure vie » a invité la communauté internationale à réévaluer la façon dont nous vivons afin de mieux gérer les mutations urbaines et mieux répondre aux besoins actuels et des générations futures. À l’horizon 2030, les Nations unies estiment en effet que plus de deux personnes sur trois vivront dans des villes. Celles-ci consomment déjà 75 % de l’énergie produite dans le monde et émettent près de 80 % des gaz à effet de serre (GES) alors qu’elles ne représentent que 2 % de la surface du globe. Elles sont à ce titre les premières concernées par les dangers du réchauffement climatique.

En effet, les villes ont toujours été des centres d’attractivité où la concentration des populations et des activités s’avère plus importante qu’ailleurs. Elles sont porteuses d’opportunités grâce à la gamme variée de services qu’elles proposent. Elles contribuent à l’innovation et constituent le premier marché de consommation des produits innovants. Elles disposent en outre d’une bonne accessibilité et polarisent des flux de toutes natures : marchandises, capitaux et migratoires.

Dans un même temps, les villes concentrent de nombreux problèmes : une gouvernance et une économie durables, un habitat intelligent, une croissance démographique difficile à maîtriser, une production excessive de déchets, de la pollution, une surconsommation d’énergie, etc. Les villes mal gérées deviennent les premières touchées par la crise économique et environnementale, conduisant à des dynamiques de pauvreté des populations et de dégradation de l’environnement. Dès lors, comment mieux gérer les métropoles afin de réduire leur impact environnemental ? Comment les rendre plus intelligentes et durables ? Comment les accompagner dans leur mutation précarbone ? 

Selon l’Autrichien Rudolf Giffinger, expert en recherche analytique sur le développement urbain et régional à l’université technologique de Vienne, la ville intelligente se définit selon six critères : l’économie, la mobilité, l’environnement, les habitants, le mode de vie et la gouvernance.

Des villes communicantes

Pour rendre intelligent le secteur des transports et faciliter les mobilités, les municipaliés doivent améliorer la qualité des réseaux de transports en offrant un service efficace répondant aux besoins des citoyens tout en respectant l’environnement. L’un des défis à relever est l’intégration des différents modes de transports urbains dans un même et seul système à la fois efficace, accessible et durable. Il permettra de diminuer l’impact environnemental, d’optimiser l’espace urbain et de proposer aux citadins des choix variés de mobilités répondant à leurs besoins. Les villes devront également développer la mobilité électrique et intégrer des services innovants dans les transports en commun pour une meilleure qualité de vie. Pour préserver leur environnement, les agglomérations doivent mener des actions pour la gestion de l’énergie et des déchets. Elles doivent mettre en place des systèmes de récupération et de valorisation des déchets.

Dans le domaine de l’énergie, les villes prouveront leur efficacité grâce à la mise en œuvre de systèmes de production énergétique locale (panneaux solaires sur les toits, production d’énergies à partir de déchets, géothermie, etc.). Elles devront également contrôler l’urbanisation et l’habitat, en repensant les formes urbaines afin que les nouvelles constructions facilitent la gestion de l’énergie et en réduisent la consommation. 

Pour rendre des métropoles intelligentes, il ne suffit cependant pas de créer de nouveaux services. Ces derniers doivent se déployer en synergie les uns avec les autres pour une gestion efficace du territoire couvert. L’utilisation des nouvelles technologies de l’information apparaît à ce titre indispensable au cœur de la ville de demain. Elles permettent à l’information de l’ensemble des services urbains d’être accessible en tout point, de croiser un très grand nombre de sources d’information, de les traiter en temps réel et de les faire interagir. Ainsi, le système informatique d’une ville pourra connecter, par exemple, l’information « trafic » du service transport et l’information « éclairage » du service énergie. Ce croisement d’informations permettra de réduire l’éclairage public en constatant un faible trafic automobile. Ainsi, la municipalité réduira sa facture énergétique. 

Des villes durables

Si une ville intelligente est avant tout une ville mieux gérée grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, celles-ci ne sont cependant pas suffisantes. Le respect de l’environnement associé à une gestion durable de l’espace public constitue des pierres angulaires à tout projet de cité intelligente. Les collectivités territoriales ont en effet la capacité de lutter contre le changement climatique. Dans la continuité des décisions issues du Grenelle de l’environnement, les pouvoirs publics ont incité les collectivités territoriales à intégrer dans leur planification la lutte contre le changement climatique, la maîtrise de l’énergie et le développement d’actions de sensibilisation et d’accompagnement à destination des acteurs locaux présents sur leur territoire. Par leur emprise directe sur la région (via notamment leurs prérogatives en termes d’aménagement et d’urbanisme), les collectivités territoriales sont en effet des acteurs majeurs pour rendre les villes durables, et donc intelligentes.

Certaines ont ainsi engagé des actions dans ce but en s’associant à des acteurs privés afin de bénéficier d’une plus grande expertise dans des secteurs clés liés à l’environnement et à la maîtrise énergétique. C’est le cas de la vile Domène (Isère) qui a signé un contrat de performance énergétique (CPE) avec le groupe Schneider Electric, à destination des bâtiments publics. L’objectif est de rénover et de diminuer la consommation d’électricité de 14 %.

De multiples projets ont déjà vu le jour dans de nombreuses zones urbaines à l’échelle de la commune ou du quartier pour rendre les villes plus durables. C’est le cas des projets « éco-cité » ou « éco-quartier » qui ont pour objectif d’accompagner les grands territoires urbains vers une société « post-carbone » (un concept introduit en France à travers notamment le rapport Attali sur la libéralisation de la croissance française, et repris par le Grenelle de l’environnement dans le cadre du plan Ville Durable). Ces « écocités » sont présentées comme les futures vitrines de la modernité urbaine dont la finalité est d’associer haute qualité environnementale et technologies de pointe dans les domaines des communications et des transports. Ces initiatives, qui vont dans le sens des engagements de la France face au changement climatique, ont permis de renouer le dialogue entre l’État et les collectivités territoriales dans ce domaine. L’État a mis en place un fonds doté d’un milliard d’euros, intitulé « ville de demain », en coordination avec la Caisse des dépôts, afin de soutenir ces projets dans le cadre du programme d’investisseur d’avenir.

Le citoyen au coeur de la ville

Une ville intelligente ne peut cependant pas être réduite à ses seules infrastructures technologiques, aussi modernes soient-elles. Le capital humain demeure au cœur de toute évolution urbaine. Le citoyen n’est plus vu uniquement comme un consommateur de services mais comme un partenaire faisant partie intégrante du développement de la ville. Pour participer à la dynamique urbaine, chaque citoyen doit avoir des moyens à sa disposition pour s’investir dans sa ville, son quartier. Une ville intelligente est avant tout une ville qui invite ses citoyens à participer dans la planification de son avenir. Elle doit assurer une meilleure gouvernance malgré la multiplicité des acteurs, qu’ils soient « traditionnels » (administrateurs, aménageurs, fournisseurs de services, opérateurs et gestionnaires des réseaux, etc.) ou « nouveaux » (spécialistes des technologies digitales par exemple) ; ils doivent se concerter, se coordonner pour organiser les actions à mener et assurer une gestion durable de la ville. Le développement urbain est ainsi indissociable du développement humain (via un système performant de formation par exemple). Pour ce faire, il convient de repenser en profondeur les formes de gouvernance et d’identifier de nouveaux modèles économiques éco-responsables et viables sur le long terme.

Illustration : située à 150 km de Pékin et à 40 km du centre-ville de Tianjin, l’Éco-cité de Tianjin est un projet développé en partenariat avec l’État de Singapour. Respectueuse de l’environnement, économe en ressources énergétiques et s’inscrivant dans une perspective de développement durable, cette ville « intelligente » d’une superficie de 30 km2 devrait accueillir 350 000 habitants à l’horizon 2020 (© DR)

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Green Innovation

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